dimanche, 29 avril 2007
De l'Humain ...

Il y a déjà un moment que j'ai promis à certains qui me lisent ici, de conter une autre facette de ma vie. Celle qui touche à une partie de ce que d'aucun appelle le travail, mais qui en fait représente pour moi simplement un champ d'activité comme j'en ai de nombreux autres. Comme la pratique de la voile, celle de la blogosphère ou même la cuisine.
De celles, de mes activités, qui donc me procurent des ressources, en voici une qui, comme les derniers épisodes rapportés ici, nourrit mes interrogations sur l'être humain. Sur quoi nous sommes. Sur quels sont nos ressorts.
Mon histoire, a croisé celle d'une société de bureautique de chez moi. Enfin, plus exactement celle du patron et fondateur de la société en question. Cette rencontre est ancienne. Elle date de 1986. C'est une partie de l'histoire que je vous conterai peut-être un jour, mais pas maintenant.
Donc, été 2006. Le patron de la boite en question, avec qui j'entretiens des relations amicales, me sollicite. Pour que tout soit dit, je lui avais fait part de ma disponibilité quelques mois auparavant. J'ai la chance, en qualité d'universitaire d'être autorisé par la loi à exercer comme consultant dans mon domaine de compétence. En l'occurrence, l'informatique et l'organisation et de façon plus générale, la gestion de projet.
L'objet de son appel.
Depuis cinq ans maintenant, il a créé dans son entreprise un département biométrie. La biométrie, c'est l'ensemble des applications qui mettent en œuvre la reconnaissance d'éléments morphologiques des personnes. Cette entreprise est principalement une entreprise de négoce. Elle achète, et elle vend. C'était également le cas pour la biométrie. Le département a donc compté pendant longtemps deux personnes. Une commerciale, responsable du département, et un technicien, chargé des installations et de la maintenance des systèmes vendus. Le marché principal, développé par l'entreprise à été celui des maisons d'arrêts. En effet, il est impératif d'avoir une authentification fiable des détenus lors de leurs accès aux parloirs. La forme d'un objet, d'une chose, est en soi une information. Et ce qui permet de traiter et gérer l'information, de nos jours, c'est l'informatique. Et donc, qui dit biométrie, dit logiciel de gestion de données biométriques. Mais le négoce a cette limite, quand on est distributeur final, qu'il rend relativement dépendant des fournisseurs du produit objet du négoce. Et que parfois, cette dépendance, peu s'avérer dommageable s'il se trouve que le fournisseur n'est guère étouffé de scrupules. Ce qui en l'espèce a été le cas.
Et donc, voilà un peu plus d'un an, il est décidé par mon ami patron, de créer un logiciel de gestion de données biométriques, afin de s'affranchir du fournisseur peu scrupuleux. Recrutement d'un technicien développeur. Départ du technicien d'origine. Recrutement d'un nouveau technicien de maintenance. Et même adjonction d'un jeune commercial. Mais situation relationnelle interne un peu bordélique. Et, fin aout 2006, dring, dring, allo Quidam, j'aurais besoin de vous ...
Je passe les détails, j'y reviendrai peut être un jour. En quelques mots. Le logiciel qui devait être prêt pour juillet ne l'est pas. Ça tiraille au sein de l'équipe biométrie. Me voilà donc, présenté comme consultant, chargé de superviser la bonne fin de réalisation du logiciel et de rationaliser l'organisation technique. C'est du moins ce que moi j'entends dans la façon dont je suis présenté. Entretien individuel avec chacun. Observation du tout pendant quelques semaines. Moi, comme toujours dans les situations nouvelles, je débarque tout sourire, la fleur à la boutonnière, et bien sur sans fusil.
Seulement voilà, nos oreilles à chacun filtrent différemment les mots et le message perçu par l'un est différent de celui perçu par l'autre. Et ça j'ai la fâcheuse tendance, malgré mes cinquante balais, à l'oublier un peu systématiquement.
Donc, la dame commerciale et responsable du département comprend que je ne suis là, comme consultant, le mot a son importance, donc comme personne extérieure, que juste pour conseiller un peu sur le logiciel. Quand moi, j'ai entendu qu'il fallait mettre fin au bordel ambiant et remettre d'aplomb l'organisation technique. Je ne suis pas un commercial et je n'ai pas de compétences en la matière. Je ne risquais donc pas de prendre la place à la madame. Mais elle, a vu mon autorité prendre le pas sur la sienne sur le plan du technique. N'étant pas trop idiot, bien qu'un peu naïf, naïveté entretenue par choix, alors que moi j'arrivais pour collaborer avec elle et l'aider à faire décoller le département, je me suis bien rendu compte qu'elle ne l'entendait pas de la sorte. Première tentative de dialogue de ma part, premier flop. Sensation d'être face à un mur de glace, lisse, sans prise. Le bide. J'essaie de rassurer. Rien n'y fait.
Ambiance de plus en plus tendue, coup de Jarnac. Départ du technicien de maintenance. Départ du jeune commercial. Absence de vente. Je procède au recrutement d'un jeune ingénieur en remplacement du technicien, pour relever le niveau de compétence de la boite. Et surtout je rends compte au patron de la boite de la dégradation extrême de la situation. Dégradation liée pour l'essentiel à la personnalité de la dame.
Fin décembre, bilan.
La boite compte quatre départements. Un de reprographie (les photocopieurs quoi) qui est le principal et que est très rentable, un de mobilier, qui marche bien également, celui de biométrie, bordéliques et très déficitaire, et enfin un département informatique, lui aussi plutôt mal en point et également bien déficitaire. Dans la pratique, ce dernier se trouvait dépourvu de responsable et fonctionnait dans une sorte d'autogestion depuis plusieurs années.
En septembre, mon ami patron m'avait touché deux mots de la situation du département informatique. Je lui avais suggéré un rapprochement des départements biométrie et informatique, les métiers et les compétences techniques mise en œuvre étant en fait les mêmes. Pour diverses raisons il ne le souhaitait pas. Nous avions finalement convenu que je m'occuperais sur quatre mois, jusque fin décembre, du logiciel et de l'organisation de la technique du département biométrie.
Janvier, il me propose de prendre également en charge le département informatique. Ce que j'accepte. Me voilà donc patron du département informatique, douze personnes, et demi patron du département biométrie, trois personnes. Certes, juridiquement je reste consultant et externe à l'entreprise, mais dans la pratique, j'ai pris une fonction d'encadrement supérieur avec autorité sur les personnels.
Alors bien sur, cela est difficilement vivable pour la dame qui de patronne d'un département qu'elle a créé, se retrouve demi patronne, avec comme co-demi patron un mec qui en plus gère un deuxième département. Et de fait, la dame c'est rendu malade, au sens propre du terme.
Fin février elle a pris conscience de la nécessité, pour elle, de s'en aller. Fin avril, elle a pu négocier son licenciement, et quitte l'entreprise le 4 mai au soir.
Voici donc la séquence grossièrement, et très succinctement, brossée.

Sur le plan économique, il n'y a pas photo. Il y a eu échec. Sur le plan humain, c'est une autre histoire. Et tout ceci, c'est encore de l'histoire de la vie. Et c'est aussi deux visions, deux histoires vécues, deux perceptions différentes.
Elle, n'a vu, et vécu, qu'une chose, son pouvoir entamé par un intrus. Ce qui était une stricte vérité. Mais, elle, n'a pas vu que j'étais là, non pas pour prendre sa place, mais pour l'aider à redresser une situation en train de tourner en eau de boudin.
Pendant quatre mois, de septembre à décembre, elle a luté. Me rendant la vie pénible, et pourrissant aussi celle de nos collaborateurs. A cette période, j'ai informé le patron de la boite que la situation était une situation de crise, invivable pour tout le monde. Toutes mes tentatives d'entrée en contact avec la dame ont été vaines. Je me suis retrouvé dans une impasse totale.
Les deux mois suivants, pendant que le patron de la boite tergiversait, elle a cessé de lutter. Elle est tombée malade et a de fait quasiment cessé de travailler. Nos collaborateurs s'en sont rendu compte, et par un pervers retour de battons, lui on fait subir le traitement moral qu'elle leur avait préalablement infligé. J'ai mis un mois et demi avant de m'en apercevoir et d'y mettre le holà.
Début mars, elle est venu me voir, et là, pour la première fois, nous avons parlé, pour de vrai. A l'issue de notre discussion, elle m'a fait pat de sa conclusion qu'elle devait quitter l'entreprise, pour sa santé d'abord, et ensuite parce qu'il n'était pas concevable pour elle de partager la responsabilité du département.
Le patron de la boite, pour des raisons qui lui sont propres a encore tergiversé deux mois. Mais voilà, le dénouement est maintenant là.
Pour moi et mes collaborateurs, c'est une bonne chose. On va pouvoir enfin reconstruire sur des bases saines et solides.
Mais pour elle ? Cette femme est cassée. Le licenciement, plutôt qu'une démission est socialement la meilleure solution. Ça lui laisse le temps et les moyens financiers, pour se reconstruire.
Qui est responsable de cette histoire ? Elle bien sur, en premier lieu. Les choses auraient-elles pu être autres ? Je ne le crois pas. Il y a eu au départ erreur de casting, comme on dit parfois. Ses compétences ne correspondaient pas au profil de la tache qui lui a été confiée. Là, c'est de la responsabilité du patron. Et la durée de ses tergiversations, au patron, ce sont les quatre mois qui lui ont été nécessaire pour accepter l'idée qu'il avait pu lui-même se tromper.
Aurais-je pu l'aider, et pallier ses manques, pour la partie technique et organisationnelle ? Son égo, à elle, l'a refusé. Elle s'en va d'ailleurs sans reconnaitre sa part d'erreurs (et pour ce qui concerne mon analyse je dirai, peut-être cruellement, sans reconnaitre sa part d'incompétence).
Mais tous autant que nous sommes, parvenons-nous à prendre la mesure de nos limites ? Sommes-nous tous capables de nous dire que nous avons fait preuve d'incompétence à un moment donné ? C'est assurément un exercice difficile et périlleux.
Ma vie de sous-patron ne s'arrête pas là. En particulier, concernant le département informatique, j'aurai encore beaucoup de choses à écrire. Sur les limite de l'autogestion. Et bien sur, encore et toujours, sur l'histoire de la vie, celle des hommes et des femmes qui se côtoient, s'affrontent, s'ignorent, et, parfois, s'entraident un peu. Mais ce sera pour une autre fois ...

19:00 Publié dans Coté Boulot ... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note


Commentaires
Ton problème, s'il ya a problème, se trouve dans le fait que tu es un humaniste. Dans ce cas là ,l'humaniste baigne dans la situation ou tu te trouves. Tu voudrais moins de blessures , mais l'individu ne peux tout maitriser, et là l'individu s'appelle Quidam.
Je préfère être à ma place , oui, cela fait faux -culs, on se sauve comme l'on peut.
La dame aurait pu mettre de l'eau dans son vin, elle t'aurait probablement moins saôuler ;-))
Rien, ne vaut la vie de rentier!
Ecrit par : den | mardi, 01 mai 2007
Pour le coup, ami Den, il n'y a pas de problème pour moi dans cette histoire là. Si j'ai été blessé dans l'histoire précédente, relative à l'association d'aide au bénin, ce n'est pas le cas ici.
Si j'en avis eu le pouvoir, j'aurais prononcé le licenciement de la dame dès décembre, sans état d'âme, tant elle s'est montrée odieuse avec tout le monde.
L'objet de ma réflexion, est plutôt un essai de compréhension des relations inter-individu, des dégâts aux êtres causés par leur imperfection.
"L'individu ne peu tout maitriser", c'est amusant, Den, là, tu as vu juste sur un de mes traits de personnalités. Cette phrase, une personne qui compte pour moi au-delà de ... me l'a répété de nombreuses fois. Je commence tout juste à l'entendre ...
Je ne crois plus, maintenant, en faire un objectif central. Je reste bien sûr, sur cette recherche de maitrise, mais de façon beaucoup plus détachée qu'autrefois. Je ne renonce pas à ma sensibilité, naturellement, sinon je ne conterais pas ici mes questionnements. Mais cette dernière histoire est plutôt un simple témoignage.
Ecrit par : Quidam LAMBDA | mardi, 01 mai 2007
Heureusement que l'individu ne peut tout maitriser!
La perfection, signerait la disparition du monde, affaire totalement imparfaite.
Problème, sous entendait le ;-))
A+
Ecrit par : den | mardi, 01 mai 2007
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